jeudi 21 février 2008

Où ça va pas si mal

Considérant que je n'ai plus de fils. Considérant que je suis fuckée. Considérant que je ne sais plus ce que je veux. Considérant que c'est une chance que je n'aie pas encore agi sur mes multiples coups de tête. Considérant que ma blonde est dans le même état que moi. Considérant que je dois dealer avec mon deuil et celui des gens autour de moi. Considérant que je minimise toujours les épreuves que je dois endurer. Considérant que ma vie a changé en moins de trois heures, le 18 janvier 2008. Considérant que même mon corps ne comprend pas ce qui se passe. Considérant que je veux, en même temps, un condo de rêve, ma maison actuelle, un enfant ou deux, une femme pleine d'énergie, une vie sans enfant, des trente ans réussis pour elle et pour moi ainsi qu'une auto neuve. Considérant que j'ai vachement le goût de tout refaire au Château des Eaux-Claires.

Considérant tout ça, je vais bien.

But I'm fucked up.

Dans les faits, je ne suis peut-être pas prête à déménager, même si l'appel du condo de luxe est tentant. Je ne suis pas en état d'entendre un enfant pleurer si ce n'est pas V. J'ai envie de passer l'été sur ma terrasse et de travailler pour rendre le Château encore plus beau. Je crois qu'il ne serait pas sage de laisser un couple intéressé à la maison venir la visiter.

Ma tête est une partie de Boggle.

Z.

samedi 19 janvier 2008

Départ rapide

Bébé Poumier est parti.

Je ne raconterai pas tous les détails sauf qu'une juge (peut-être un peu moins saine d'esprit que d'autres) a décidé d'y aller avec la famille... biologique et de donner la garde (immédiate) de Bébé Poumier à son père. Le jugement est sorti hier.

15h M-Chue reçoit un appel du centre jeunesse. La TS de Bébé Poumier ne travaille pas le vendredi, c'est donc la chef de service (un peu paniquée) qui nous annonce que Bébé Poumier va chez son père. Ce soir. Le père est en route.

18h04 Départ de Bébé Poumier, en taxi, accompagné d'un éducateur qu'il connaît.

M-Chue et moi redevenons un couple célibataire. C'est maintenant le temps des questionnements sur la parentalité : recommencerons-nous? Encore avec le banque mixte? Naturellement? L'adoption internationale nous est toujours interdite. De toute façon, la première question est la plus importante : recommencerons-nous, tout court?

Pour l'instant, la réponse est non. Pour l'instant. Mais la décision ne se prendra pas en deux jours (bizarrement, parce que c'est plutôt notre méthode habituellement, penser vite, décider vite).

Z.

jeudi 20 décembre 2007

Le temps a passé

Beaucoup de temps a passé, en effet, depuis que je suis venue ici, raconter des choses. Des choses.

Bébé Poumier est encore à la maison... mais pour combien de temps? Personne ne le sait.

Dans l'histoire, il y a nous, il y a le papa, le maman, la tante et les cousins. Les grands-parents paternels aussi, mais ils ne se sont pas encore pointés. Le papa veut ravoir son fils pour le shipper chez sa soeur pendant un an en attendant qu'il soit prêt à s'occuper de lui. Depuis un mois, il voit Bébé Poumier une fois par semaine, sans faute, et il vient accompagné de sa soeur, la tante. La tante a vu Bébé Poumier deux fois, 30 minutes. La mère ne se manifeste plus.

Le 8 janvier, nous allons en cour. Pas vraiment nous, mais le dossier de Bébé Poumier. La juge a bien des options.

- Dire fuck off au père et ajouter : "Cet enfant doit vivre chez les lesbiennes cools!" (Un rêve.)
- Demander l'évaluation complète du père pour envoyer Bébé Poumier directement chez lui (et pour de bon) s'il réussit cette évaluation au bout de six mois.
- Demander simultanément l'évaluation complète du père et l'évaluation moins complète de la tante qui pourrait devenir fammille d'accueil spécifique et ainsi avoir Bébé Poumier chez elle et permettre les contacts avec le père.
- Puisque le père veut reprendre son fils dans un an seulement, la juge pourrait aussi demander le placement de Bébé Poumier chez nous pendant un an pendant l'évaluation du père (situation que je ne veux pas vraiment vivre, merci).

Et la mère, ben je sais pas quel poids elle a maintenant qu'elle a spécifié qu'elle pensait que Bébé Poumier était bien ici, qu'elle trouvait ça trop difficile de le revoir, qu'elle préférait avoir des photos et des nouvelles sur papier. Est-ce qu'elle peut demander que Bébé Poumier reste à Québec puisqu'elle y habite alors que le père qui en veut la garde est dans une autre ville?

Et au Château des Eaux-Claires, c'est pas rose. Le stress des mamans se fait ressentir. Bébé Poumier devient nerveux. Les contacts paternels ne sont pas de tout repos et causent bien des désagréments à Bébé Poumier quand il revient à la maison : nausée, cris, panique, sommeil dérangé...

On survit, cela dit.

Z.

samedi 22 septembre 2007

V.

Notre petit V. est fantastique. C'est un bébé digne d'être un Poumier. Il est dans la lune des fois comme sa maman M-Chue, il aime l'eau comme sa maman Zanzie, il est fort et a le désir de marcher avant 10 mois comme son cousin Jacob et il parle beaucoup comme sa cousine Marine.

C'est un bébé de matin. Le soir, il est toujours plus maussade. Je lui dis : "Pleure un peu, c'est correct, il reste juste une heure avant que tu retournes au lit." C'est un bébé couche-tôt. C'est pas nous qui avons décidé de l'horaire, c'est lui. Vers 18h, le bain, vers 19h, il est au lit. Des fois, c'est encore plus tôt. Mais il semble avoir pris une belle habitude et s'en tenir à cet horaire.

Les soirées d'hiver seront remplies de séries américaines et de reality shows, on va avoir le temps. On va même avoir le temps d'écouter des émissions qui commencent vraiment tôt, comme Virginie (NOT).

Son entourage l'apprécie, V. Il est facile pas mal avec tout le monde et, oui, je réalise la chance que j'ai.

Z.

Les deux chaises vertes

Dans ma maison d'enfance, d'une enfance qui a duré 22 ans, il y avait une pièce au rez-de-chaussée qu'on appelait "le bureau". Il a avait été construit et décoré dans ce sens, le sens d'être un bureau. Un bureau des années 70. Beaucoup de bois, des armoires et des bibliothèques fixées au mur, un énorme bureau et seulement quelques tiroirs, un tapis de chaise en plastique, une ou deux crédences, un coffre-fort et quelques bouteilles de boisson oubliées dans ce qu'on pensait être un bar pour les clients importants de mon père.

Cette pièce devait appartenir à mon père, mais il n'y a que ma mère qui disait souvent "le bureau de ton père". Mon père ne recevait que très (très) rarement des clients à la maison. Nous, les enfants, on disait plutôt "le bureau" tout court puisqu'on se l'appropriait assez souvent. On y allait pour jouer, pour voir papa dicter, pour recevoir des amis en paix, pour écrire sur le clavier du premier ordinateur de la maison (qui a tôt fait de prendre sa place au sous-sol, dans la salle des enfants, parce que mon père n'en avait rien à crisser d'un ordi dans "son" bureau), pour voir revenir nos parents d'un voyage (le bureau offrait la meilleure vue sur la rue d'en avant et sur l'entrée), pour faire un appel personnel.

La pièce était la seule de la maison qui avait un thème dans la déco. Le genre pub irlandais, mais sérieux en même temps. Des rideaux carreautés brun et vert, des tissu épais pour ces rideaux et pour le recouvrement des meubles, du bois, comme je l'ai dit, de la boisson, comme je l'ai dit. C'était chaleureux et assez poussiéreux même quand ce ne l'était pas.

Cette nuit, j'ai rêvé de cette pièce. J'ai surtout rêvé des deux chaises vertes qui faisaient face à la grande chaise du boss, blanc crème/gris, de l'autre côté du bureau. Des chaises de leur époque, 1976. Pas confortables, mais pratique quand même, avec leur tissu rugueux. On les prenait souvent quand on avait trop de monde à table. C'est souvent ma mère qui s'assoyait dessus, et ça lui mettait le cul plus bas que les autres. Dans le rêve, je classais les bijoux de ma mère avant qu'elle ne meurt et je voulais reprendre les chaises. Elles n'étaient pas exactement comme les originales, mais le feeling était là.

Je sais que les chaises ont peut-être disparues. Ma mère ne les a pas prises avec elle lors du déménagement. Personne ne les a choisies. Je suis tannée de regretter les meubles de mon enfance que nous avons laissés à la maison avant de vendre. Je ne suis plus capable de me dire : "J'aurais donc dû les prendre..." J'aimerais ne plus y penser. D'un autre côté, ça fait du bien de revoir le bureau en rêve parce qu'en réalité, je me souviens mal des détails de ma maison, comme des traits de mon père.

Z.